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Le bilan à faire avant la rentrée : ce que ta pratique IA RH révèle vraiment

  • 10 juil.
  • 6 min de lecture


83% des professionnels RH utilisent aujourd'hui un outil d'IA au quotidien.

37% des entreprises ont vraiment cadré cet usage dans leurs process.

Entre les deux, un écart de 46 points — et c'est dans cet écart que se joue la rentrée de la plupart des DRH et RRH de PME.


comment faire son bilan IA RH ?

Cet été, j'ai proposé à ma communauté un exercice en trois temps : faire le bilan de leurs usages IA RH depuis janvier, trier les outils qui méritent une place dans la valise de la rentrée, et écrire en trois lignes la vision qu'ils veulent porter en septembre.

Ce que ces échanges ont révélé dépasse largement le cadre de trois newsletters d'été. C'est le symptôme d'un problème plus large : celui d'entreprises qui testent l'IA sans jamais construire de stratégie IA RH.




Cet article fait la synthèse de ce bilan. Pas pour te donner un énième framework, mais pour t'aider à repartir de la plage — ou du bureau, si tu n'as pas encore coupé — avec une question claire en tête, et les moyens d'y répondre.



Tester des outils IA, ce n'est pas avoir une stratégie IA RH


C'est la confusion la plus fréquente que je croise chez les DRH et dirigeants de PME. Ils ont ouvert ChatGPT, testé un module IA dans leur ATS, peut-être présenté un cas d'usage en CODIR. Ils en concluent qu'ils "avancent sur l'IA".


Tester, ce n'est pas décider.

Une entreprise peut accumuler trois, quatre, cinq outils différents sans jamais répondre aux questions qui comptent vraiment : pour quels usages précisément ? Avec quelles limites éthiques et légales ? Qui valide les décisions prises avec l'aide de l'IA ? Comment on forme les équipes qui les utilisent ?

Sans ce cadre, chaque nouvel outil vient se superposer aux précédents. On croit gagner du temps. On finit par en perdre — à comparer des solutions, à former en double, à corriger des usages mal posés dès le départ.


Le vrai test n'est pas "est-ce que j'utilise l'IA", c'est "est-ce que je travaille différemment grâce à elle". Cette nuance change tout. Elle sépare les équipes RH qui ont vraiment reconfigurées un processus — la synthèse de comptes rendus d'entretien, la veille réglementaire assistée, la rédaction augmentée de fiches de poste — de celles qui font, plus vite, exactement ce qu'elles faisaient avant.



Le calendrier de l'AI Act vient de bouger, et c'est un piège pour qui s'arrête au titre des articles


calendrier AI ACT

Le 7 mai 2026, le Conseil et le Parlement européen ont trouvé un accord politique sur le Digital Omnibus, la première révision de l'AI Act depuis son adoption. Cet accord reporte les obligations "haut risque" de l'annexe III — recrutement, sélection, promotion, rupture de contrat, répartition des tâches, surveillance de la performance — à décembre 2027.


Seize mois de plus que prévu. Et deux nuances circulent trop peu:


D'abord, ce report n'est pas encore gravé dans le marbre. Il doit être formellement adopté et publié au Journal officiel — une étape attendue avant le 2 août 2026, la date qui devait justement marquer l'entrée en vigueur du "haut risque". Tant que ce texte n'est pas publié, c'est l'échéance initiale qui fait foi.


Ensuite, même une fois le report confirmé, deux obligations ne bougent pas d'un pouce : informer un candidat ou un salarié qu'une IA a participé à une décision qui le concerne, et former ses équipes à comprendre les outils qu'elles utilisent. Ces deux points restent sur le calendrier initial, indépendamment du sort de l'annexe III.


C'est l'angle mort le plus coûteux du moment. Beaucoup de dirigeants de PME entendent "report à 2027" et en concluent qu'ils ont deux ans devant eux pour ne rien faire. C'est l'inverse qui se joue : le vrai sujet de gouvernance de cet été n'est pas de compter les mois gagnés, c'est de savoir précisément ce qui reste dû pendant que la pression collective retombe.


J'en parlais déjà dans ma chronique pour le Journal du Net sur l'IA RH responsable : l'AI Act n'est pas une contrainte de plus à subir.

C'est le premier cadre qui donne aux RH une légitimité claire pour décider — à condition de s'en saisir avant que la conformité devienne une urgence de rentrée.

Un outil d'IA utilisé pour trier des CV ou noter des candidats doit être signalé aux candidats. Ils ont le droit de le savoir, et le droit de demander une révision humaine de la décision. Ce n'est pas une option de bonne pratique. C'est une obligation combinée RGPD et AI Act, déjà en vigueur pour beaucoup des usages RH les plus répandus.



Ce que révèle un vrai audit terrain de la pratique IA RH


Pour illustrer ce que "structurer sa pratique IA RH" veut dire concrètement, prenons le cas d'une enseigne nationale de 60 collaborateurs au siège, accompagnée récemment sur exactement ce sujet.


Cette entreprise avait déjà pris des initiatives : achat de licences ChatGPT Pro, questionnaire interne sur les usages IA, premiers tests côté franchisés. Sur le papier, elle semblait "avancée". En réalité, les collaborateurs ne savaient pas que les licences existaient. Le questionnaire n'avait jamais été exploité. Les usages restaient dispersés, sans vision commune.


L'audit mené sur deux mois a permis de faire parler les chiffres : 53 collaborateurs interrogés, 21 métiers analysés, une maturité moyenne de 2,4 sur 4. Derrière cette moyenne, une répartition révélatrice — 5% de réfractaires, 60% en attente d'un cadre, 30% en phase d'appropriation avec des usages isolés, et seulement 5% réellement intégrés.


Ce chiffre de 60% "en attente d'un cadre" est celui qui revient, quasi identique, dans la plupart des entreprises que j'accompagne. Les équipes ne manquent ni de curiosité ni de bonne volonté. Elles manquent d'un cap partagé. Une fois la cartographie des métiers impactés posée et une feuille de route construite trimestre par trimestre, quatre cas d'usage prioritaires ont pu être lancés en pilote — sans bloquer l'organisation, sans braquer le DSI qui, au départ, voyait l'IA comme "un outil comme Excel".



L'exercice de la valise : ce que tu gardes, ce que tu laisses, ce que tu jettes


Repartir de zéro n'est presque jamais la bonne réponse. La plupart des entreprises ont déjà des usages IA qui fonctionnent. Le travail de rentrée consiste à trier, pas à tout recommencer.


Ce qui mérite une place dans la valise : les usages qui ont réellement changé une façon de travailler. La synthèse automatique de documents RH, la rédaction augmentée de fiches de poste, la veille réglementaire assistée. Des usages qui se sont intégrés au flux de travail réel, pas seulement testés une fois.


Ce qui reste à la maison, à regarder de plus près : les outils présentés en CODIR avec enthousiasme, ouverts deux fois par mois depuis. L'analyse prédictive RH, par exemple, stagne à 14% d'utilisation réelle dans les entreprises qui l'ont pourtant déployée. L'automatisation des processus plafonne à 24%. Pas parce que ces outils ne fonctionnent pas — parce qu'on les a adoptés sans repenser le processus qu'ils étaient censés transformer.


Ce qui va à la poubelle : ce ne sont pas des outils, ce sont des habitudes. Copier-coller des données de candidats ou de salariés dans un outil grand public sans vérifier où partent ces données. Valider une décision RH générée par IA sans supervision humaine réelle. Adopter un outil "parce que tout le monde en parle", sans avoir défini ce qu'on cherche à mesurer.




La carte postale : la question que peu de DRH savent encore écrire


Le dernier exercice de ce bilan d'été est le plus simple en apparence, et le plus inconfortable en pratique : décrire en trois lignes l'usage IA RH idéal pour son entreprise à la rentrée.

Pas la version présentable pour le CODIR. Ce que tu penses vraiment, à ce moment précis.

La majorité des dirigeants et DRH que j'accompagne savent très bien énumérer les outils qu'ils ont testés. Beaucoup moins savent formuler, en une poignée de phrases, la vision qu'ils veulent porter. Or, avoir une vision claire et structurée de l'IA RH, pensée pour les besoins réels de sa fonction, est identifié comme la priorité numéro un des DRH pour 2026.

Ce n'est pas un exercice de style. C'est ce qui distingue une entreprise qui subit les outils IA d'une entreprise qui les pilote.



Pourquoi ce bilan compte plus qu'un nouvel outil

L'intelligence artificielle en RH n'est pas un sujet d'outil. C'est un sujet de gouvernance. Une entreprise n'a pas besoin d'un nouvel abonnement logiciel pour avancer sérieusement sur l'IA RH. Elle a besoin d'un cadre : qui décide, sur quelle base, avec quelle supervision, et jusqu'où.


Comme je le détaillais déjà dans mon article sur l'IA en recrutement responsable et l'AI Act, le problème n'est jamais l'IA elle-même. C'est l'absence de cadre autour de son usage.


Si ce bilan d'été t'a permis d'identifier des zones grises dans ta pratique IA RH, la meilleure chose à faire n'est pas de refermer l'onglet en se disant "je verrai ça en septembre". C'est de noter, dès maintenant, la question précise qui te reste en tête — et de la garder pour la rentrée.



Continuer la réflexion cet été

Cet article synthétise les trois épisodes du Cahier de vacances IA RH Responsable®, envoyés cet été dans ma newsletter : le bilan mi-année en 5 questions vrai/faux, l'audit "valise IA" pour trier tes outils, et l'exercice de la carte postale pour poser ta vision de rentrée.


IA RH Responsable

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Je prépare pour septembre un programme pensé pour les DRH, RRH et responsables formation qui veulent passer d'une logique de test à une vraie stratégie IA RH. Les détails arrivent très bientôt — la newsletter sera le premier endroit où j'en parlerai.






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